Printemps du Livre Montaigu – Mathilde Beaussault

Printemps du Livre Montaigu – Mathilde Beaussault

Publié le 09/05/2026 à 15h04 | Durée : 0h15min

Mathilde Beaussault présente son roman « La colline ».

Un matin d’hiver, dans une cité de Rennes, un nouveau-né est retrouvé vivant dans un container à ordures. Quelques étages plus haut, une adolescente de dix-sept ans se vide de son sang dans une chambre fermée à clé. Elle s’appelle Monroe. Voilà le point de départ de La Colline, deuxième roman de Mathilde Beaussault, paru le 6 mars 2026 chez Seuil dans la collection Cadre Noir (336 pages, 19,90 euros), sélectionné pour le Prix Landerneau 2026.

Mathilde Beaussault n’en est qu’à son deuxième roman, mais son palmarès est celui d’une carrière entière. Les Saules, son premier livre paru en janvier 2025, a décroché coup sur coup le Grand Prix de littérature policière, le prix Louis Guilloux et le Prix du jury de l’Humanité. Professeure de lettres en réseau d’éducation prioritaire depuis vingt ans, fille d’agriculteurs bretons, elle écrit un noir qui ne fait pas de concessions, mais qui n’abandonne jamais ses personnages à leur sort.

L’autrice préfère le terme de « roman noir » à celui de « policier », parce qu’il lui laisse la liberté de mêler le fil du polar et le fil sociétal sans avoir à choisir. La Colline explore la maltraitance infantile, la maternité non désirée, l’incestualité et la misère sociale, mais convoque aussi tout un réseau de « satellites bienveillants », selon l’expression de l’autrice : la grand-mère Madeleine aux mains guérisseuses, le voisin, les sages-femmes, les pompiers, les infirmières, les gendarmes et les policiers, qui tissent autour de Monroe la toile de la vérité et constituent, à la manière d’un chœur antique, son chemin de résilience possible. L’hôpital, dit Mathilde Beaussault, s’est imposé comme le carrefour naturel de cette comédie humaine, parce qu’il reste l’un des derniers lieux où toutes les classes sociales se rencontrent.

Le livre prend racine dans son expérience professionnelle. Vingt ans de cartable dans des grands ensembles, vingt ans à tendre des Kleenex pendant les récréations en sachant qu’on n’asséchera jamais le chagrin total d’une jeune fille qui a vécu le pire. Écrire, raconte-t-elle, c’est tenter de « réembrasser une forme d’impuissance », c’est chercher si le renouveau reste possible pour une jeunesse « éventrée ». Sa méthode d’écriture épouse cette posture : aucun plan, aucune intrigue préparée, une avancée intuitive qu’elle résume en citant René Char, « je déboise mes silences ». Quand elle a commencé à écrire La Colline, elle ignorait si Monroe survivrait.

Au micro de Dig RADIO, partenaire de la 36e édition du Printemps du Livre de Montaigu, Mathilde Beaussault revient sur la fabrique de Monroe et sur cette galerie de personnages qui ont émergé pour la sauver, sur sa double vie de professeure et de romancière qui n’écrit que dans les « interstices de vie », sur le choix assumé de ne pas quitter le service public, et sur l’humanité qui se dégage, malgré la noirceur, de chacune de ses pages.

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