Publié le 09/05/2026 à 10h42 | Durée : 0h10min
Serena Giuliano présente son dernier livre « Volare » aux éditions Calmann-Lévy.
Volare, en italien, c’est voler, prendre son envol. On connaît tous la chanson de Domenico Modugno, reprise mille fois depuis 1958. Donner ce titre à un roman sur la dépression, sur quelqu’un qui ne parvient plus à se lever le matin, a quelque chose de paradoxal. Mais c’est exactement le sujet : comment on retrouve l’élan quand une des ailes est cassée. Ambre a tout pour être heureuse, un métier qu’elle aime au milieu d’adolescents en pleine crise, des sœurs jumelles qu’elle chérit comme une mère, une meilleure amie excentrique qui s’appelle Manuela, et un papillon à l’aile brisée nommé Sylvain. Et pourtant, sans raison visible, elle ne va plus.
Voilà l’argument de Volare, huitième roman de Serena Giuliano, paru le 18 mars 2026 chez Calmann-Lévy (198 pages, 18,90 euros), également disponible en livre audio lu par l’autrice chez Audiolib (3 h 31 d’écoute). Italienne arrivée en France à douze ans, installée aujourd’hui près de Metz, l’une des romancières les plus lues du pays avec plus d’un million de lecteurs cumulés depuis Ciao Bella (2019), Serena Giuliano poursuit avec Volare le travail qu’elle mène, livre après livre, sur la santé mentale, en gardant intact ce qui fait sa signature : la chaleur méditerranéenne, l’humour, et le refus de laisser ses lecteurs sur le quai.
La phrase-clé du roman tient en six mots : « Les maladies, on ne les fait pas. » Elle est prononcée par Piera, la cousine sicilienne de Manuela, qui anime des retraites spirituelles et accueille Ambre quand celle-ci, expédiée par son amie, débarque sans y croire. Serena Giuliano explique à l’antenne que cette phrase lui est venue en cours d’écriture, presque par mégarde. Quand elle a tapé « je fais une dépression » sur son clavier, elle s’est arrêtée, l’a entendue. On fait du pain, on fait des enfants, on fait des conneries. On ne fait pas une maladie. La maladie, on la rencontre un jour de malchance et on fait un bout de chemin avec. Cette distinction tient lieu, dans le livre, d’acte de déculpabilisation : on n’est pas l’auteur de sa dépression, on en est le sujet.
L’autrice ne se contente pas d’observer. Elle a connu des attaques de panique depuis ses six ans et a refusé pendant des années un traitement, par peur d’être jugée trop faible, trop fragile, trop dans l’émotion. C’est à quarante ans qu’elle a accepté la prise en charge. Le temps gagné depuis, dit-elle, mesure le temps qu’elle avait perdu. C’est ce vécu qui irrigue Volare sans jamais s’imposer comme témoignage : Serena Giuliano l’écrit comme un roman, pas comme une confidence, et fait de la Sicile, à laquelle elle envoie son héroïne, non pas une pilule miraculeuse, mais ce qu’elle est vraiment, un lieu où l’on retrouve les bases, le soleil, la mer, la bonne table, la nature, et, à travers elles, des émotions qu’on croyait endormies.
Au micro de Dig RADIO, partenaire de la 36e édition du Printemps du Livre de Montaigu, Serena Giuliano revient sur la genèse d’Ambre, sur la réticence sociale française à parler de santé mentale, sur le poids des mots qu’on emploie pour la nommer, sur la Sicile comme territoire de réparation, et sur le plaisir intime qu’elle prend à enregistrer elle-même ses livres en studio, « un huis clos avec mes personnages », dit-elle.

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