Printemps du Livre Montaigu : Isabelle Lagarrigue

Printemps du Livre Montaigu : Isabelle Lagarrigue

Publié le 09/05/2026 à 12h16 | Durée : 0h13min

Isabelle Lagarrigue présente son livre « Le Groupe ».

Ils avaient quatre, six ou huit ans. Un geste, une seconde, et quelqu’un est mort sans qu’ils l’aient voulu. La loi ne les condamne pas, mais eux, ils ne s’acquittent jamais. Dans son septième roman, Isabelle Lagarrigue ouvre la porte d’un groupe thérapeutique pour accidental killers, ceux qui ont causé la mort sans l’avoir voulu. Le concept n’existe pas en France. Il se déploie depuis des années dans les pays anglo-saxons, où il dispose d’une littérature, de protocoles, de groupes de parole. Le roman pose une question que la société française évite soigneusement : peut-on se réparer quand on est sans cesse ramené à l’irréparable ?

Voilà l’argument du Groupe, septième roman d’Isabelle Lagarrigue, paru en avril 2026 aux éditions Récamier (288 pages, 20,90 euros). Sur un campus californien, trois jeunes adultes, Janice, Lexie et Aaron, intègrent un programme expérimental destiné à ceux qui ont causé la mort dans leur enfance. Ava, étudiante franco-américaine en psychologie, rejoint le groupe pour observer les participants. À mesure que les séances avancent, les silences se fissurent et chacun affronte ce qu’il préfère taire. Le livre était finaliste du Prix Maison de la Presse, après le succès de C’est l’histoire d’un amour (Récamier, 2025), Grand Prix des blogueurs littéraires 2025.

La genèse du livre est strictement personnelle. Isabelle Lagarrigue a dû, un jour, pardonner à un accidental killer. C’est de là, dit-elle à l’antenne, qu’est née l’envie de se mettre dans la peau d’une personne qui a tué sans le vouloir, pour comprendre ce qu’elle pouvait ressentir, comment elle pouvait réussir à vivre avec ça, et, dans le cas d’enfants de quatre, six ou huit ans, comment elle pouvait grandir, se construire, devenir un jeune adulte avec ce fardeau. C’est probablement, confie-t-elle, son roman le plus personnel. Elle se méfie pourtant de l’expression « livre thérapeutique » : ce qui l’intéresse, c’est l’universel qui s’attrape par le particulier, la façon dont une épreuve extrême éclaire celles, plus ordinaires, qu’on traverse tous.

La méthode de travail d’Isabelle Lagarrigue mérite d’être signalée. Elle ne commence l’écriture d’aucun de ses romans sans avoir fait valider, par une psychologue avec qui elle travaille de longue date, les réactions de ses personnages. Le rôle de la psychologue est de retirer les filtres et les biais cognitifs de l’autrice, et de garantir l’exactitude clinique des comportements. C’est elle qui lui a donné, pour Nos racines invisibles, l’expression « famille passe-moi-le-sel » pour décrire ces familles qui parlent de tout sauf d’elles-mêmes ; c’est elle qui lui a donné, pour Le Premier juré, le concept de « phrases gâchettes », ces phrases destructrices entendues dans la jeunesse ; et c’est elle qui lui a indiqué, pour Le Groupe, les ressources américaines sur les accidental killers, et notamment les travaux pionniers de Maryann Gray, fondatrice de la Hyacinth Fellowship, qui fut la première à parler publiquement de ce sujet.

Au micro de Dig RADIO, partenaire de la 36e édition du Printemps du Livre de Montaigu, Isabelle Lagarrigue revient sur la naissance de Janice, Lexie et Aaron, sur sa collaboration avec la psychologue qui valide la justesse de ses dialogues, sur la culpabilité qui dévore et la honte qui isole, et sur le message qu’elle place au cœur du livre, repris d’une chanson d’Alain Chamfort : qu’on est souvent son propre ennemi dans la glace, mais qu’au fond, « chaque humain mène un combat intérieur dont le reste du monde ignore l’intensité ». D’où l’injonction qu’elle formule en clôture d’interview : ne pas juger les gens trop vite, parce qu’on ne sait jamais ce que vit ou a vécu l’autre.

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