Publié le 09/05/2026 à 11h00 | Durée : 0h14min
Michèle Halberstadt présente son livre « Juste un peu d’amour »
L’Île d’Yeu est à vingt kilomètres des côtes vendéennes. C’est l’île la plus éloignée du continent français. En hiver, c’est un monde fermé, un village où tout le monde se connaît depuis toujours. En été, « les bourgeois » arrivent. Michèle Halberstadt est l’une d’elles, c’est elle qui le dit, elle possède une maison sur l’île. Ella, elle l’a connue. Elle faisait son ménage et gardait ses enfants. Et puis, un été, Ella avait disparu, avec Roland, son mari, pêcheur de l’île, qu’elle avait rencontré sur Meetic et qui l’avait épousée au Sénégal. Une histoire d’amour vraie, absolue, brisée par quelque chose de plus fort qu’eux : le regard d’une communauté qui n’avait pas décidé de les laisser entrer.
Voilà l’argument de Juste un peu d’amour, huitième roman de Michèle Halberstadt, paru le 2 avril 2026 aux éditions du Cherche Midi (192 pages, 18,90 euros). Journaliste, productrice de cinéma, romancière, l’autrice se définit avant tout comme une femme de radio, formée à Europe 1 pendant ses études puis cinq années à l’antenne de Radio 7, à raison de trois heures par jour. Cette discipline du micro affleure dans le roman, dans la précision sèche du portrait des îliens, dans l’attention portée aux silences plus qu’aux mots, dans le refus du commentaire trop vite formulé.
Roland est un pêcheur introverti, élevé dans une famille peu aimante, dont la seule passion est la mer et la seule fenêtre de liberté l’ordinateur. Ella, jeune Sénégalaise brillante et diplômée, rêve d’un homme capable de la regarder comme une femme intelligente plutôt que comme une Sénégalaise. Ils se trouvent sur Meetic. Roland traverse l’océan, ils se marient au Sénégal où il est, pour la première fois, ni jugé ni épié. Le grand regret du livre, dit Michèle Halberstadt, est qu’ils n’y soient pas restés. Sur l’Île d’Yeu, Ella se heurte à l’hostilité de la belle-famille, aux regards qui la placent à part, et même aux gentillesses du directeur de la Poste qui l’appelle « mon soleil » et « ma beauté » en croyant bien faire, et en la stigmatisant un peu plus.
L’écriture du livre tient à un déni. Un an après leur rencontre, Michèle Halberstadt revient sur l’île. Ella et Roland ont disparu. À ses questions, on répond par des évasions. « Qui ça ? » « Non, je ne vois pas. » « Une jeune Sénégalaise à la Poste ? Vaguement. » Un déni d’existence, pour reprendre son expression, qui scandalise l’autrice et la décide à enquêter. Ella, qu’elle finit par retrouver, lui accorde sa confiance totale, sans jamais demander à lire le manuscrit avant publication. La promesse devient alors celle de rendre justice à un fait divers banal, en allant voir ce qu’il y a en dessous du cliché : un racisme dit ordinaire qui n’a ni plainte déposée ni dossier officiel, et l’idée simple, presque naïve, qu’un peu d’amour, un peu d’empathie, un peu de tolérance auraient suffi à les sauver.
Au micro de Dig RADIO, partenaire de la 36e édition du Printemps du Livre de Montaigu, Michèle Halberstadt revient sur sa rencontre avec Ella, sur le pacte de confiance qui les lie, sur la vie d’une île où chaque arrivée se voit et chaque silence pèse, et sur cette conviction qu’elle pose au cœur du livre : que les paroles ne sont jamais anodines et qu’on juge trop vite ceux qu’on ne prend pas le temps de regarder.

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