Publié le 09/05/2026 à 12h57 | Durée : 0h13min
Zoe Brisby présente son livre « Les femmes du France » .
11 septembre 1974. Le paquebot France rentre au Havre pour la dernière fois, retour de New York. À deux miles du port, une cinquantaine de marins prennent d’assaut la passerelle, jettent l’ancre dans le chenal, bloquent le chenal et prennent en otage le navire avec ses mille deux cent soixante-six passagers. Ils refusent le désarmement du plus grand paquebot du monde, symbole de la grandeur française qu’un gouvernement vient de décider d’abandonner. Vingt-neuf jours de mutinerie. Et à bord, dans cette poudrière, trois femmes cherchent une quatrième, Alice, disparue.
Voilà l’argument des Femmes du France, quatrième roman de Zoé Brisby, paru chez Albin Michel le 1er avril 2026 (384 pages, 21,90 euros). Trois sœurs de cœur grandies dans un même orphelinat se retrouvent à bord pour cette traversée de la dernière chance : Jane, riche passagère de première classe ; Charlie, coiffeuse indépendante du salon de bord ; Rose, femme de chambre invisible dans les couloirs du personnel. Trois milieux sociaux, trois carapaces, trois fêlures. L’autrice les fait évoluer chacune au fil de l’aventure, sans jamais les rendre manichéennes.
Historienne de l’art, Zoé Brisby revient à la France après un triptyque américain consacré à l’âge d’or des États-Unis (Les Mauvaises Épouses, prix Waknine 2023 ; La Double Vie de Dina Miller ; Hollywoodland). Ce retour s’opère, symboliquement, par la dernière traversée transatlantique du paquebot qui portait le nom de la nation. Le France lui-même devient un personnage : une micro-société flottante avec ses classes (première, classe touriste, personnel à deux ou quatre par cabine), sa morgue, sa salle de naissance, son chenil avec menu pour chiens, sa prison de bord. Tout ce que la société française des années 1970 pouvait contenir, le navire le contenait à l’identique, en plus dense, en plus visible, en plus inflammable.
L’autrice salue ses mutins comme de « magnifiques perdants » qui ont perdu avec panache, classe et dignité. Le France était mort-né, dit-elle, victime des lenteurs administratives et de l’irruption de l’aviation commerciale qui, depuis Orly, avait rendu obsolète la traversée maritime. Giscard d’Estaing, à peine élu, casse le décret protecteur. Les marins proposent dix solutions, ne sont jamais reçus. La mutinerie sera leur dernier mot. Le travail documentaire de Zoé Brisby s’appuie sur les archives de l’INA, et l’autrice note, en passant, que les termes employés en 1974 pour parler du premier choc pétrolier sont mot pour mot ceux qu’on emploie aujourd’hui. Elle conserve dix pour cent de ses recherches dans le texte définitif, place une note de l’auteure en fin de volume pour distinguer le vrai du romancé, et préfère le suspense au manuel scolaire.
Au micro de Dig RADIO, partenaire de la 36e édition du Printemps du Livre de Montaigu, Zoé Brisby revient sur la naissance de cette mutinerie oubliée derrière la chanson de Sardou, sur le paquebot France comme miroir d’une France des Trente Glorieuses qui s’achève, sur ses trois protagonistes féminines et leurs fêlures, et sur le prochain monument français qu’elle s’apprête à explorer : recherches déjà bouclées, écriture en cours.

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