Printemps du Livre 2026 : Gilles Marchand

Printemps du Livre 2026 : Gilles Marchand

Publié le 09/05/2026 à 14h14 | Durée : 0h16min

Gilles Marchand présente son livre  » Les Promesses Orphelines ».

Les Trente Glorieuses. Trente ans, de 1945 à 1975, de croissance, de plein emploi, de progrès technologique. On allait marcher sur la Lune, on allait se déplacer en voiture volante, on construisait l’aérotrain. Le bonheur pour tous semblait une question de temps. Gilles Marchand revient sur cette période, mais pas depuis le sommet. Il le fait à travers Gino, fils d’immigré italien qui grandit dans un village de l’Orléanais et regarde cette France en accélération depuis la marge. La question que pose le roman, le long d’une vie, est simple : ce progrès était-il vraiment ce qu’on croyait ?

Voilà l’argument des Promesses orphelines, septième roman solo de Gilles Marchand, paru aux éditions Aux Forges de Vulcain le 22 août 2025 (288 pages, 20 euros). Le livre s’ouvre sur une phrase qui dit tout : « J’ai failli réussir ma vie. » Finaliste du Prix du roman Fnac 2025 et du Prix Les Visionnaires 2026, sélectionné pour le Prix Aznavour du roman d’amour, le livre confirme la place de Gilles Marchand dans la littérature contemporaine, après Le Soldat désaccordé (Aux Forges de Vulcain, 2022), couronné de plus de vingt prix dont le Prix des Libraires en 2023.

Au cœur du roman, un objet oublié : l’aérotrain. Ce véhicule sur coussin d’air, conçu par l’ingénieur Jean Bertin, a atteint 432 km/h en 1974 sur une voie de dix-huit kilomètres au nord d’Orléans. Une fusée à l’horizontale, « ni train ni avion mais les deux à la fois ». Georges Pompidou en était le défenseur acharné. À sa mort, Giscard d’Estaing arrive au pouvoir et casse le décret. Le monde qui regardait le projet français se détourne. Jean Bertin, privé de son rêve, se renferme. On lui découvre une tumeur au cerveau. Il meurt dans l’année. Gilles Marchand voit dans ce destin la métaphore exacte des promesses non tenues de l’époque : ce qui s’éteint quand on retire à un homme la raison pour laquelle il s’est levé chaque matin.

Le roman intercale des publicités d’époque qui, à elles seules, racontent les bascules : « Pour vous, mesdames, des Moulinex, pour vous, messieurs, des bons petits plats. » « Les femmes aiment les hommes qui fument des Winston, fumée délicate et élégante. » Un autre roman se devine entre les lignes, celui des oubliés du miracle français : les bidonvilles de Nanterre vidés pour bâtir les tours de banlieue, les immigrés qui ont reconstruit le pays sur les chantiers et dans les usines, les femmes qui devaient encore demander à leur mari l’autorisation d’ouvrir un compte en banque. Face à elles, Gilles Marchand dresse trois figures féminines libres : la mère de Gino, photographe de cartes postales sillonnant la campagne en Alfa Romeo, foulard et lunettes de soleil ; la Vieille tante, ni vieille ni tante, fantasque et moderne ; et Roxane, la fille de la boule à neige, croisée à un bal de village, et qui ne quittera plus jamais Gino.

Au micro de Dig RADIO, partenaire de la 36e édition du Printemps du Livre de Montaigu, Gilles Marchand revient sur la fabrique de Gino, sur l’aérotrain comme métaphore d’une époque qui s’est crue capable de tout, sur la part d’ombre des Trente Glorieuses qu’on a longtemps soustraite au récit national, et sur cette conviction qu’il défend avec constance : qu’on a réussi sa vie tant qu’on est resté debout pour accompagner ses rêves, qu’ils aient ou non rencontré le réel.

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