Publié le 09/05/2026 à 11h34 | Durée : 0h19min
Adèle Fugère présente son deuxième roman « Mimi en bois ».
Mimi est partie. Elle n’est pas partie acheter du pain, ni marcher, ni à sa réunion Tupperware. Elle est partie pour de bon. Pour aider Pépé à tenir debout, Paulo, son petit-fils de treize ans, décide de la ressusciter. En bois. Avec un rouge à lèvres mis de travers. Mimi n’est plus là, mais Mimi en bois, elle, elle est bien là. Sur la table de la cuisine, dans les conversations du grand-père, elle reprend sa place dans le quotidien et, doucement, remet sur ses pieds celui qu’elle avait laissé seul.
Voilà l’argument de Mimi en bois, deuxième roman d’Adèle Fugère, paru le 5 février 2026 chez Buchet-Chastel (160 pages, 14,50 euros). Journaliste, illustratrice, autrice, et depuis peu signature d’une chronique matinale sur les antennes d’Ici, Adèle Fugère revient à la jeune voix après le succès de J’ai 8 ans et je m’appelle Jean Rochefort (Buchet-Chastel, 2023), porté à la scène en 2025. Le seul en scène mis en scène par Morgane Perez et interprété par Thomas Drelon, produit par le Théâtre des Béliers de Paris, retournera à Avignon 2026 dans la grande salle, sans qu’une virgule du texte original ait été modifiée pour la scène.
Le livre prend racine dans une perte personnelle. Adèle Fugère a perdu sa grand-mère Mimi, qui s’appelait Marie mais ne répondait qu’à Mimi, à ses quarante-cinq ans à elle. Elle pensait s’y être préparée. Elle ne l’était pas. Elle a buggé à l’annonce, en a voulu à sa grand-mère, l’a accusée d’avoir emporté son enfance avec elle. Le décalage l’a saisie : huit ans, treize ans, quarante-cinq ans, le chagrin est le même. C’est cette équivalence qui a donné Paulo, treize ans, l’âge des premières fois, première cigarette, première fille amoureuse, première perte d’un être qui comptait. Ce n’est pas un livre sur sa grand-mère, dit l’autrice. C’est un livre sur le vide laissé par elle, et sur ce qu’on en fait.
Le style d’Adèle Fugère, son éditrice Pascale Gautier le lui a fait remarquer la première : c’est une signature, pas une plume parmi d’autres. Une écriture courte, directe, parlée, qui semble couler de source mais qui tient en réalité d’une « petite horlogerie », comme elle dit, où chaque mot est jaugé, posé, déplacé, retiré. Elle ne distingue pas, à l’écriture, l’enfant de l’adulte. Rosalie, huit ans, et Paulo, treize ans, parlent comme elle entend ses propres pensées : sans guimauve, sans la tentation du gnangnan, sans rien qui les prenne pour des imbéciles. L’humour, dit-elle, est une politesse. La mélancolie, transformée en quelque chose de drôle, est l’héritage de ses grands modèles, Jean Rochefort en tête, qui se définissait comme un « clown désespéré ».
Au micro de Dig RADIO, partenaire de la 36e édition du Printemps du Livre de Montaigu, Adèle Fugère revient sur la fabrique de Paulo, sur sa Mimi à elle et la colère qu’elle ne lui pardonne pas tout à fait, sur l’idée que le deuil ne se « fait » pas mais se vit avec les armes qu’on a, et sur cette conviction qu’elle place au cœur du livre : qu’il faut faire vivre ses morts, parce qu’au bout de trois générations, dit-elle, ils disparaissent.

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