Publié le 09/05/2026 à 17h57 | Durée : 0h17min
Alexia Stresi présente son livre « Grand Prince » .
À quelques kilomètres du Printemps du Livre, entre l’océan Atlantique et les marais salants du pays de Retz, vit une femme de quatre-vingt-cinq ans qui pense avoir fait le plus gros. Simone Guillou est veuve, ancienne saunière. Elle a passé sa vie à ne pas trop déranger, à plier, à s’effacer. Et un matin, quelqu’un lui vole son crapaud en ciment, un machin affreux qu’elle n’aimait pas mais qui appartenait à son défunt mari, ramené de leur seul et unique voyage à l’étranger. Un crapaud en ciment, ce n’est pas rien. Dans ce roman, c’est même le début de tout.
Grand Prince est le quatrième roman d’Alexia Stresi, paru chez Flammarion le 14 janvier 2026 (288 pages). Comédienne, scénariste, écrivaine, finaliste du Goncourt du premier roman avec Looping (Stock, 2017), elle confie d’emblée que le sujet de son livre n’est pas la vieillesse, mais la générosité et le renouveau. Pour qu’il y ait renouveau, encore faut-il installer une héroïne au seuil duquel rien n’est plus attendu. Simone n’a pas de problème de santé. C’est l’envie qui l’a quittée. Le vol du crapaud, en ouvrant une fissure dans le quotidien, devient l’amorce d’un déploiement inattendu.
L’autrice rend hommage à un territoire qu’elle connaît de l’intérieur. Nantaise, grands-parents pornicais, elle a grandi familière de cet arrière-pays salin, moins balnéaire et moins touristique que la côte voisine. Elle parle des sauniers, ces « paysans de la mer » qu’elle décrit comme courageux, pudiques, taiseux, et constate sans amertume qu’on ignore largement, en France, comment se récolte un sel que l’on consomme trois fois par jour. À travers Simone, elle rend aussi hommage à sa propre grand-mère, petite commerçante « gaie comme un pinson dès le réveil », dont elle mesure aujourd’hui, dit-elle, l’élégance immense de n’avoir jamais montré que le facile, le beau, le léger.
Une lectrice a glissé à Alexia Stresi qu’après Grand Prince, elle avait eu envie de « passer ses coups de fil en retard ». L’image dit l’essentiel du livre. La société de performance met à distance ses vulnérables, parmi lesquels les personnes âgées, sans y mettre nécessairement de méchanceté, simplement par la force d’aspiration de la vie active. Simone, elle, va embarquer sa copine d’enfance, intriguer le village, croiser sans le savoir la peinture de Pierre Soulages, et faire paniquer son fils au point qu’il l’envoie chez la neurologue, persuadé qu’elle perd la raison alors qu’elle est, précisément, en train de la retrouver.
Au micro de Dig RADIO, partenaire de la 36e édition du Printemps du Livre de Montaigu, Alexia Stresi raconte la genèse de Simone, sa fidélité au pays de Retz, son hommage discret aux femmes de cette génération empêchée par des déterminismes économiques, de naissance et biologiques, et ce que peut dire un roman, en 2026, sur le temps que l’on ne donne plus.

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