Publié le 09/05/2026 à 17h31 | Durée : 0h12min
Sophie Tal Men présente son premier roman historique « Malgré tout ce qui nous sépare ».
Août 1944. La France se libère, mais pas partout. Il reste des poches d’occupation, des zones encerclées où les Allemands refusent de céder pendant que le reste du pays fête. L’île de Groix, au large du Morbihan, est l’une de ces zones. Pendant dix mois, ses habitants restent occupés. Quatre mille soldats transforment l’île en forteresse. La Croix-Rouge peine à ravitailler la population. La famine s’installe. Et une sage-femme à vélo, Rose, traverse cet enfer en tenant son laissez-passer d’une main, son matériel d’accouchement de l’autre.
Voilà le décor de Malgré tout ce qui nous sépare, premier roman historique de Sophie Tal Men, paru le 25 février 2026 chez Albin Michel (304 pages). Onzième roman de cette neurologue exerçant à Lorient, l’une des romancières les plus lues en France, ancrée depuis dix ans dans le territoire breton et dans l’univers hospitalier. Avec ce livre, elle s’aventure pour la première fois dans le passé, en prenant le risque qu’elle redoutait, celui des anachronismes, et en l’apprivoisant par un travail de documentation considérable : lectures de thèses sur le métier de sage-femme en temps de guerre, relecture du manuscrit par une amie gynécologue et par une sage-femme qui exerce à ses côtés.
Tout commence par une rencontre clinique. Un matin, dans son cabinet, une grande dame derrière son déambulateur, une gouaille pas possible, et une question : « Vous avez du temps, docteur ? » Cette patiente s’appelle Simone, avec deux N. Elle a été déclarée à l’état civil par son grand-père, à trois ans, parce qu’elle n’était pas désirée par ses parents. Elle est née sur Groix pendant la poche allemande. En quelques minutes, elle confie à sa neurologue des bribes d’enfance que celle-ci ignorait alors que l’île est son petit paradis du week-end. Sophie Tal Men quitte le rendez-vous en s’étant lancé un défi : écrire ce roman.
Dans le livre, Simone existe. Elle est un personnage. Mais l’héroïne est Rose, sage-femme fictive inspirée de l’unique sage-femme qui exerçait sur l’île en 1944. Rose est célibataire, ce qui est rare pour l’époque. Elle s’est sacrifiée pour son métier, qu’elle vit en passion. Elle fait naître les enfants des autres et se retrouve confrontée, à travers la naissance de Simone, à la question de la maternité choisie et de la maternité subie. Elle accueillera Simone sur son perron, à trois ans, abandonnée par sa mère. Et son toit sera bientôt celui de deux officiers allemands réquisitionnés, dont l’un, jamais l’ennemi qu’on croit, fait basculer le livre. La référence au Silence de la mer de Vercors n’est pas fortuite.
Au micro de Dig RADIO, partenaire de la 36e édition du Printemps du Livre de Montaigu, Sophie Tal Men revient sur la genèse de ce premier roman historique, sur l’histoire méconnue de la poche de Lorient et de l’hôpital de fortune installé par les Allemands sur l’île, sur la maternité comme angle de relecture de la guerre, et sur la double vie qu’elle mène entre la neurologie à l’hôpital et l’écriture qu’elle pratique chaque soir, casque sur les oreilles, au milieu de son salon.

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