Chronique N°16 : TOKYORAMA de Jean-Christophe Grangé

Chronique N°16 : TOKYORAMA de Jean-Christophe Grangé

Publié le 26/10/2026 à 17h13 | Durée : 2min

Seizième rendez-vous de la formule hebdomadaire d’Esprit Livres. Tokyorama, de Jean-Christophe Grangé, paraît chez Albin Michel. Une ville à deux visages, un détective français à bout de course, et cinq cents pages de descente.

Le livre est en rayon aux Maisons de la Presse de Montaigu et de Clisson, partenaires de l’émission.

Tokyo. Les temples, les cerisiers en fleurs, les enseignes au néon. La carte postale est belle, et tout le monde l’a déjà vue. Derrière, il y a une autre ville. Encore faut-il quelqu’un pour vous y conduire.

Le guide s’appelle Stéphane Madryka. Cinquante-sept ans, ancien de la Brigade criminelle, trompé par sa femme, détective privé à Tokyo depuis douze ans. Sa spécialité, aujourd’hui, les maris infidèles. Autant dire le bas de l’échelle. Un soir, devant un club à hôtesses, la police débarque. Un client vient d’être retrouvé le visage lacéré. Personne ne l’engage. Il enquête quand même, et le lecteur avec lui, d’un bout de la ville à l’autre. Les arrière-salles des clubs, les hôtels où l’on loue la nuit, la baie, les ruelles. La patronne du club le fascine, et nous avec.

Grangé prend le lecteur par la main. Il connaît le pays, sa culture, ses rites, ses codes, et il les décrit au fil des pages. Les règles de politesse, les niveaux de langue, l’architecture. Tokyo devient le personnage principal du roman, et le roman tient sur ses deux visages. Le jour, une société réglée au millimètre. La nuit, les mêmes rues, et plus une seule règle. Des quartiers interlopes, des plaisirs extrêmes, tout ce que la journée interdit.

Nouveauté chez Grangé, il écrit à la première personne. C’est Madryka qui raconte, qui commente, qui se moque de lui-même. Un guide éméché, et drôlement renseigné, érudit, très élégant et très abîmé en même temps. C’est dense, les personnages se bousculent, on peut s’y perdre, et il faut accepter de se laisser porter.

Ce n’est pas le premier livre japonais de l’auteur. Kaïken, paru en 2012, se déroulait déjà entre la France et le Japon. Journaliste et grand reporter avant d’être romancier, Grangé construit son œuvre sur des terrains qu’il va voir. Au matin, les enseignes s’éteignent une à une, la ville reprend son air sage, les temples rouvrent, les cerisiers sont toujours là. Et dans la nuit qui vient de finir, un homme est mort le visage lacéré.

Infos pratiques

Tokyorama, de Jean-Christophe Grangé. Albin Michel, 544 pages, 22,90 euros.

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