Chronique N°12 : LE BUREAU DES AUDACIEUSES de Mélanie Sadler

Chronique N°12 : LE BUREAU DES AUDACIEUSES de Mélanie Sadler

Publié le 01/10/2026 à 11h02 | Durée : 4min

Douzième rendez-vous de la formule hebdomadaire d’Esprit Livres, un livre par semaine. La chronique est consacrée au Bureau des audacieuses, de Mélanie Sadler, aux éditions de La Tribu. Un quotidien parisien de la fin du dix-neuvième siècle fabriqué entièrement par des femmes, une jeune bourgeoise qui quitte son mari et devient journaliste, et l’affaire Dreyfus pour toile de fond.

Le livre est en rayon aux Maisons de la Presse de Montaigu et de Clisson, partenaires de l’émission.

Les articles, la direction, l’administration, la composition des pages au plomb : tout y est fait par des femmes. Un obstacle se dresse aussitôt. Un quotidien se compose la nuit, et la loi française interdit alors le travail de nuit aux femmes. Le journal s’appelle La Fronde. Il a existé, de 1897 à 1903.

Au commencement, une jeune bourgeoise mariée trop tôt et mal mariée. Elle quitte son mari, ce qui à l’époque ne se fait pas, et découvre qu’il faut gagner sa vie. Elle découvre aussi qu’elle aime écrire, raconter les autres, dire ce qui vient de se passer. Elle entre dans un journal d’extrême gauche, et signe ses articles Séverine. Elle croise une autre femme de son milieu, journaliste elle aussi, Marguerite Durand. De cette rencontre naît une rédaction entièrement féminine.

Voilà ce qui fait la force du livre. La Fronde n’est pas un magazine féminin avant l’heure. C’est un quotidien généraliste. Politique, finances, sports, les mêmes sujets que les autres, à ceci près que ce sont des femmes qui les traitent. Avec, glissées entre les reportages, la recette de la semaine et l’histoire de la semaine. Manière d’entrer dans les foyers où le journal appartenait au chef de famille, et de donner aux lectrices le droit de s’informer.

Tout cela se déroule pendant l’affaire Dreyfus. Les journalistes doivent arracher leurs accréditations pour couvrir les procès, à Paris puis à Rennes. L’Assemblée nationale leur reste fermée. L’une d’elles éloigne son fils à la campagne.

Une réserve, et elle est sérieuse. Le roman fait défiler beaucoup de figures, la première avocate, la première étudiante en médecine, et certaines se réduisent à une vignette. La frontière entre ce qui est documenté et ce qui est inventé n’est pas toujours lisible. Trois cent soixante-dix-neuf pages qui se lisent sans effort, mais qui survolent parfois ce qu’on aimerait voir creusé.

C’est Nolwenn, libraire aux Maisons de la Presse de Montaigu et de Clisson, qui présente ce roman.

Infos pratiques
Le Bureau des audacieuses, Mélanie Sadler, éditions de La Tribu, 379 pages, 22 euros.

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