Publié le 09/09/2026 à 15h31 | Durée : 2min
Troisième rendez-vous de la formule hebdomadaire d’Esprit Livres, un livre par semaine. La chronique est consacrée à Lakota, de Caryl Férey, à la Série Noire, chez Gallimard. Minneapolis, le corps d’un ancien militaire lakota repêché dans le Mississippi, une enquête classée trop vite, et deux enfants qui refusent cette version.
Le livre est en rayon aux Maisons de la Presse de Montaigu et de Clisson, partenaires de l’émission.
Cinq mille sept cent douze. C’est le nombre de femmes et de filles amérindiennes portées disparues ou assassinées aux États-Unis, recensées pour une seule année. Une centaine à peine figurent dans le fichier fédéral. Dans certaines régions, les Amérindiennes courent dix fois plus de risques que la moyenne d’être victimes de crimes violents. Ce ne sont pas des chiffres de roman. Ce sont ceux d’un rapport.
Le roman, lui, commence à Minneapolis. On repêche dans le Mississippi le corps de Jake Crow Dog, ancien militaire lakota. La police conclut à un accident et referme le dossier. Ses deux enfants n’y croient pas. Winona est éducatrice de rue, la peau assez claire pour qu’on la prenne pour une Blanche. Duane est cow-boy de rodéo, huit secondes à tenir sur le dos d’un taureau. Ils remontent la piste jusqu’aux réserves du Dakota, qu’ils connaissent à peine. Ils cherchent un père. Ils trouvent un peuple.
Voilà ce qui fait la force du livre. C’est un néo-western retourné. Les cow-boys n’y sont plus les héros. Ce sont des héritiers en casquette qui poursuivent, à leur petite échelle, ce que leurs arrière-grands-pères ont commencé à Sand Creek et à Wounded Knee. Caryl Férey ne leur fait aucun cadeau. Il les charge même un peu trop, et c’est la seule réserve à formuler.
Pour le reste, il fait ce qu’il sait faire mieux que personne. Il est allé sur place, il a rencontré des Lakotas, il a travaillé son sujet avant d’écrire une ligne. Ça se sent à chaque page. Peut-être même un peu trop. Quatre cent trente-deux pages, où il raconte l’histoire des guerres indiennes quand on voudrait savoir qui a tué le père. Il faut le laisser faire. Ce qu’il prépare, c’est le moment où les comptes se règlent.
Caryl Férey écrit des romans noirs adossés à des peuples dépossédés. L’Afrique du Sud avec Zulu, porté à l’écran par Jérôme Salle. L’Argentine avec Mapuche. Puis le Chili, la Colombie, la Sibérie, la Namibie, les îles Féroé. Lakota est son premier livre situé en Amérique du Nord. Sa méthode ne varie pas : il part, il reste, il rencontre, et il écrit ensuite.
Infos pratiques
Lakota, Caryl Férey, Gallimard, collection Série Noire, 432 pages, 21 euros.

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