Publié le 29/05/2026 à 11h55 | Durée : 0h36min
Trois portraits d’habitants du site de Vihiers de l’EHPAD Lys-Hyrôme, accompagnés des proches et des bénévoles qui les entourent. Chacun raconte sa vie au micro avec ses propres mots, et tous montrent, chacun à leur manière, qu’on n’arrête pas d’avoir une histoire en cours, même à un âge avancé.
Yves Martin a été responsable du secteur de Cholet pour le Courrier de l’Ouest. Il assurait les navettes nocturnes vers Angers au volant d’un camion UNIC pour aller chercher les journaux et les ramener au dépôt. Avant cela, quinze ans d’élevage industriel de porc et de volaille (cent truies, des bâtiments de mille mètres carrés), une présidence de coopérative, des années de représentation en produits agricoles, et la distribution du Hic, ce journal de petites annonces que les ordinateurs ont fini par rendre obsolète. Depuis dix ans à l’établissement, et depuis sept ans dans ce rôle, il est facteur tous les après-midis à seize heures précises. Il récupère le courrier à l’accueil, le porte aux trois étages, le confie aux aide-soignantes ou aux infirmières qui le distribuent ensuite en chambre. Quinze à vingt minutes de tournée. Ce qu’il y trouve, ce sont les contacts, les conversations, le mouvement. Il a pris le relais d’un ami qui le faisait avant lui, et qui est mort depuis. Le rôle compte, pour lui et pour la maison.
André Guiblet a fêté ses cent ans entouré de ses onze enfants et de leurs instruments. Peintre en bâtiment de métier, comme son père Isidore, il a aussi fait comme lui de la musique et du théâtre. Isidore avait été brancardier en 14-18, joueur de cor d’harmonie, et avait refusé la médaille militaire après qu’un homme, qui aurait dû ramasser les blessés avec lui, eut fui sous le gaz et reçu la sienne. André raconte cette histoire au micro, et celle de sa mère Marguerite, violoniste discrète et dessinatrice. Lui-même a commencé par le saxophone, sur l’injonction de son grand-père chef de musique, puis est passé au baryton, dont il joue encore tous les jours. Il a tenu sa partition dans la musique de Vihiers et celle de Maulevrier, monté le groupe Bobby Jazz avec madame Coudert au piano, fait du théâtre au patronage puis au foyer laïque (rôle-titre dans L’Avare), et participé à la création de l’école de musique de Vihiers. Onze enfants, plusieurs petits-enfants musiciens dont Sandra, devenue professionnelle. Une famille orchestre, où chaque réunion ramène son lot d’instruments. Sa fille Denise, neuvième de la fratrie, est venue partager le souvenir avec lui.
Véronique Lozano, soixante-huit ans, raconte une histoire qui commence en Espagne. Son père basque, né en 1925 à Bilbao, perd son propre père en 1936 : dénoncé par un voisin, assassiné le jour de Noël par une femme envoyée par les hommes de Franco. La grand-mère se retrouve seule avec sept enfants, l’aîné a quatorze ans, la dernière six mois. Le père de Véronique est exfiltré vers la Belgique, où il restera trois ans, soigné d’une pneumonie, et apprendra le français. La famille rejoint la France en 1939. Maçon à quatorze ans, puis tailleur, il participe à la reconstruction de la Normandie, et c’est là, dans un café de Caen en 1953, qu’il rencontre la mère de Véronique en s’interposant alors qu’un autre maçon, italien, fouillait dans son sac.
Véronique naît handicapée par incompatibilité sanguine entre ses parents. Elle traverse les années 1960 et les regards qui changent de trottoir, mais elle est soutenue de près par son frère aîné Xavier, qui est aujourd’hui son tuteur, et par sa sœur Isabelle, aide-soignante qui a travaillé dans l’établissement. Elle a surmonté un cancer. Elle chante, dessine, tricote, participe au théâtre de l’UPHA au deuxième étage (qu’elle rebaptise affectueusement « le Super Achat »), et a rédigé un livre sur l’histoire de sa famille. Au passage, elle adresse un message qui mériterait d’être entendu plus largement : qu’on parle davantage du handicap à l’école, qu’on regarde simplement, sans changer de trottoir.
Cet épisode a été enregistré dans le cadre des ateliers radio animés par DIG Radio dans les EHPAD Lys-Hyrôme de Chemillé et Vihiers.

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