Publié le 12/10/2026 à 17h01 | Durée : 2min
Quatorzième rendez-vous de la formule hebdomadaire d’Esprit Livres. La solitude des professeurs est infinie, de Yannick Haenel, paraît chez Gallimard dans la collection Blanche. Une prérentrée dans un collège de la banlieue parisienne, et un jeune agrégé qui a déjà envie de déserter.
Le livre est en rayon aux Maisons de la Presse de Montaigu et de Clisson, partenaires de l’émission.
On parle beaucoup de l’école. Des moyens qui manquent, des bâtiments qui se dégradent, des professeurs qui s’épuisent. Presque toujours de l’extérieur. Ce roman fait entrer.
Un jeune agrégé de lettres arrive avec une heure d’avance à sa prérentrée. On le réprimande parce qu’il fume dans la cour. Il s’appelle Jean Deichel. Le jour, il affronte ses classes. La nuit, il dort dans un tennis-club, faute de logement, entouré d’une collection de disques de rock. On découvre le quotidien d’un professeur de français. Chaque cours est un pari, ça prend ou ça ne prend pas, et on ne sait jamais pourquoi à l’avance. Il y a les collègues, ce qu’on leur dit et ce qu’on leur tait. Il y a la routine qui s’installe, et qui use.
Yannick Haenel raconte ce qui se produit parfois dans une salle de classe, et qui tient du miracle. Un poème, un texte, et une étincelle. Elle ne prend pas chez tout le monde. Elle prend chez un élève, parfois chez trois. Et elle s’imprime pour une vie entière. Contre tout ce qui est joué d’avance pour ces enfants-là, c’est peu de chose. Le livre ne promet pas que la littérature répare les inégalités. Il dit qu’elle y ouvre une brèche, et que cette brèche est un espoir.
Une réserve. L’autre partie du roman suit les états d’âme du jeune homme. Ses amours, ses questions existentielles, ses rêveries, ses errances. Trois cent vingt pages, dont une bonne part relève davantage de la quête intérieure que de la salle de classe.
Yannick Haenel a enseigné le français avant d’écrire. Jean Deichel est son double, il traverse ses romans depuis des années. Mais ce livre-là, il dit l’avoir écrit après les assassinats de Samuel Paty et de Dominique Bernard. Le récit se passe dans les années quatre-vingt-dix. L’hommage est intemporel. Le roman n’est pas écrit pour les professeurs, mais pour ceux qui voudraient comprendre ce qu’ils vivent.
Infos pratiques
La solitude des professeurs est infinie, de Yannick Haenel. Gallimard, collection Blanche, 320 pages, 21,50 euros.

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