Chronique N°13 : LE FABULEUX PIANO de Sonia Devillers

Chronique N°13 : LE FABULEUX PIANO de Sonia Devillers

Publié le 12/10/2026 à 16h55 | Durée : 2min

Treizième rendez-vous de la formule hebdomadaire d’Esprit Livres. Le fabuleux piano, de Sonia Devillers, paraît chez Robert Laffont dans la collection Pavillons. Un salon vidé, un instrument disparu, et derrière, toute une mécanique.

Le livre est en rayon aux Maisons de la Presse de Montaigu et de Clisson, partenaires de l’émission.

Un piano à queue dans un salon. Le couvercle relevé, une partition ouverte. Puis le salon se vide. Les meubles s’en vont, les tableaux s’en vont, l’instrument aussi. Et la musique reste sans piano.

L’enquête part d’un échec. La journaliste Sonia Devillers cherche le piano de sa grand-mère Gabriela, musicologue, contrainte de l’abandonner en quittant la Roumanie. Faute de numéro de série, la recherche s’arrête net. Elle entre alors dans les archives, et elle y trouve des milliers de familles penchées sur le même vide. Des pianos fantômes. Le livre en suit un en particulier. Un Erard de 1890, bois de palissandre, numéro 68 037, commandé par Wilhelm Enoch, éditeur de musique, juif allemand installé à Paris. Volé en 1943. La famille déportée, assassinée à Auschwitz. Un survivant, Jacques, le fils, qui traverse la France à bicyclette et tient des carnets minuscules. Après la guerre, il écrit des dizaines de lettres au service des restitutions. Aucune ne ramène le piano. Ses descendants ont confié ces archives à l’autrice, qui les déchiffre.

Derrière le pillage, il y a une méthode, une logistique, un programme. Des appartements inventoriés, étiquetés, vidés. Des wagons. Un commando dirigé par des musicologues en uniforme nazi, affecté aux seuls instruments de musique. Des mines de sel, des châteaux, des monastères, puis les salons allemands. Le vol n’est pas un dommage à côté du crime, c’est le même geste. On déporte, on vide, on redistribue. Il faut que rien ne subsiste. Ni les corps, ni les meubles, ni les partitions annotées, ni le souvenir de qui jouait là.

Sonia Devillers appelle les listes d’après-guerre une cartographie du malheur. Sa langue est sobre, documentaire, jamais démonstrative. Un piano, dit-elle, n’est pas un meuble, c’est un coffre à souvenirs. L’enquête multiplie les pistes, les noms, les dossiers administratifs, et l’on s’y perd parfois. Le fil tient quand même. Un objet, une famille, une absence.

Sonia Devillers est journaliste. Elle avait déjà raconté sa famille juive roumaine dans Les Exportés, troquée contre du bétail et des machines agricoles. Le fabuleux piano prolonge cette enquête et la déplace. Il se referme sur un avis de recherche.

Infos pratiques

Le fabuleux piano, de Sonia Devillers. Robert Laffont, collection Pavillons, 288 pages, 21 euros.

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