Publié le 21/09/2026 à 18h48 | Durée : 6min
Neuvième rendez-vous de la formule hebdomadaire d’Esprit Livres, un livre par semaine. La chronique est consacrée à C’était ça ou mourir, premier roman de Thélyson Orélien, chez Grasset. Un village haïtien incendié, un sac à dos, un carnet de poésie, et une route qui traverse un continent.
Le livre est en rayon aux Maisons de la Presse de Montaigu et de Clisson, partenaires de l’émission.
Jonas est professeur d’histoire. Il croit encore pouvoir faire quelque chose pour la jeunesse de son pays. Des bandes armées incendient et pillent son village. Il n’a plus le choix, il part.
Dans son sac à dos, un carnet où il écrit ses poèmes, une photo de sa mère, un sous-vêtement. Rien d’autre. La route le mène d’Haïti à la République dominicaine, puis au Brésil, au Mexique, vers les États-Unis et enfin le Canada.
Voilà ce qui fait la force du livre. L’écriture. Elle reste poétique de bout en bout, y compris pour dire le pire. Le carnet finit par servir de monnaie d’échange, et Jonas en retrouve toujours un autre. Écrire est ce qui le tient debout. Au début du roman, quand il voit sa maison brûler, il se met à rire. C’est ce rire qui le garde humain.
Il faut le dire : le livre est dur. Dans aucun des pays traversés les migrants ne sont bien traités. Humiliation, déshumanisation, et le racisme pour dénominateur commun. Entrer aux États-Unis se révèle plus éprouvant que les forêts, les fleuves et les bandes armées qui tirent au hasard. À une frontière, Jonas doit prendre un nom colombien plutôt qu’haïtien. Ce qu’on lui demande d’abandonner là, c’est son identité.
Ce qui empêche le roman de sombrer, ce sont les gens. Chaque personne croisée sur la route reçoit un prénom, une fonction, un tempérament. Le narrateur dit qu’il les racontera une fois arrivé, pour qu’elles aient existé. Entre migrants dépouillés de tout, on échange une paire de chaussettes contre un tee-shirt. Thélyson Orélien est poète, haïtien, installé au Canada. C’est son premier roman, et c’est un concentré d’empathie.
Infos pratiques
C’était ça ou mourir, Thélyson Orélien, éditions Grasset, 272 pages, 21,50 euros.

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