Publié le 08/05/2026 à 13h00 | Durée : 0h18min
Gilles Paris, attaché de presse, homme d’éditions et auteur du livre L’attrape-mots aux éditions Héloise D’Ormesson et Céline, lectrice.
Jade a seize ans. Une scolarité interrompue, des poumons qui flanchent, un cœur qui peine, un petit frère emporté par la leucémie, une mère engloutie dans la dépression. Pour tenir, elle s’invente une vie aux côtés de Holden Caulfield, le héros que J.D. Salinger fait errer dans New York depuis 1951. Elle l’aime au sens littéral du verbe. La fictophilie, ce phénomène encore peu nommé en France et déjà documenté au Japon, est le cœur du nouveau roman de Gilles Paris, L’Attrape-mots, paru le 22 janvier 2026 aux éditions Héloïse d’Ormesson. Un titre qui salue à la fois Salinger et la matière même du livre: les mots, comme filets, comme remèdes, comme refuges.
Né à Suresnes en 1959, Gilles Paris est l’une des figures les mieux placées de l’édition française. Attaché de presse depuis quarante ans, passé par Jean-Claude Lattès et Plon avant de fonder sa propre agence, il accompagne les auteurs au moins autant qu’il en est un lui-même. Son nom est attaché à Autobiographie d’une courgette, dont l’adaptation en film d’animation a remporté deux César et dont la version théâtrale a été distinguée par un Molière. Au pays des kangourous (six prix littéraires), Le Bal des cendres, Les 7 vies de Mademoiselle Belle Kaplan prolongent une œuvre désormais riche d’une douzaine de titres, attentive aux enfances cabossées et aux adolescences en sursis.
L’Attrape-mots poursuit cette ligne. Jade lit, écrit, abandonne ses brouillons. Son meilleur ami Noé la fait danser sous la pluie. Les voix de l’entourage, parents, médecins, professeurs, livrent chacune leur version, et le lecteur ne sait plus très bien où s’arrête le réel et où commence la fabulation. Quand Jade s’essouffle, l’écriture se contracte, les phrases se raccourcissent, la lecture elle-même devient asthmatique. Une fable sur l’adolescence, la maladie mentale, la mythomanie, et le pouvoir de consolation de la fiction.
Au micro de Dig RADIO, partenaire de la 36e édition du Printemps du Livre de Montaigu, Gilles Paris revient sur le rapport intime qu’il entretient avec l’œuvre de Salinger, sur sa façon d’écrire l’adolescence sans la trahir, sur les passerelles entre son métier d’attaché de presse et son travail d’auteur, et sur cette singularité encore confidentielle qu’est la fictophilie comme matière romanesque.

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